La grimpe au Pays de Saoû

Idéalement située aux limites des biomes alpins et méditerranéens, la forêt de Saoû est un paradis pour le naturaliste. Ce berceau de rochers bien dessiné, synclinal perché dans la forme presque parfaite, ravit le géomorphologue, résume sélectivement les paysages, la faune et la flore des montagnes drômoises, patrimoine naturel à part entière. Limité à l’est par les Trois Becs, à l’Ouest par Roche-Colombe, ce petit monde clos d’où s’échappe le Lauzun vers Aouste sur Sye, la Vèbre vers Saoû est ceinturée par de hautes falaises calcaires où le grimpeur s’adonne aux plaisirs verticaux.

Tel est le cadre dans lequel furent vécues les phases successives de l’escalade, depuis l’époque oubliée où seuls quelques audacieux tentaient l’aventure, presque sans matériel sérieux, jusqu’aux années somme toutes récentes où le rocher s’équipe, à l’intention d’un public croissant, qui élève régulièrement son niveau de performance, sans que la sécurité en souffre.

Aujourd’hui se sont plus de 750 voies qui se trouvent ouvertes, tracées et équipées aux normes actuelles, dans un rocher aux grandes variétés mais toujours intéressant.

Le calcaire gréseux (cénomanien) offre des qualités d’adhérence remarquables et son grain ne souffre pas encore d’une usure excessive. Le pur calcaire (turonien), nettement plus dense, souvent admirablement sculpté, multiplie les réglettes, les fissures, les gouttes d’eau acérées à moins qu’il ne se parsème de lits de petits silex, à seule fin d’agrémenter le doigté.

Les sites autour de Saoû :

Le massif des 3 becs :



Des pieds et des mains sur 90 000 000 années de vie 

Nous sommes au Crétacé, il y a 135 millions d'années. Sur le globe on observe toujours deux grands ensembles continentaux, l'un au Sud, l'autre au Nord.

Il n'y a alors ni Pyrénées, ni Alpes, ni Forêt de Saoû, mais de grandes étendues marines qui déposent en leur fond des sédiments argileux (Marne). Et l'émergence de reliefs tels que le Massif Central produit alors des intercalations sableuses plus ou moins importantes (Grés).

Les avancées marines amorcées dès le Crétacé inf. se poursuivent et s'accentuent jusqu'au Crétacé sup. Et seul le Massif Central, une petite partie du Massif Armoricain et les Ardennes restent émergés. Cette nouvelle ampleur du domaine maritime va amener, du fait d'une vie active, une sédimentation carbonatée importante, responsable des épaisses couches calcaires du Massif.

A la fin du Crétacé sup. l'émersion des reliefs reprendra avec l'apparition de sédiments continentaux. C'est à cette époque là qu'apparaissent les premiers plis d'orientation Est-Ouest, contemporains de la formation des Pyrénées.

Bien plus tard au Miocène, la surrection des Alpes déterminera les alignements des plis Nord-Sud. Le télescopage de ces derniers plis avec les précédents provoquera le relief confus des Baronnies, et probablement la fermeture aux deux extrémités du berceau de Saoû.

L'arrivée d'autres golfes, d'autres feux et glaces peaufinera son aspect pour nous laisser : un Synclinal où une forêt abondante tapisse sa dépression axiale (pins, chênes, érables, hêtres, châtaigniers...).

Limité à l'Est par les TROIS BECS, à l'Ouest par ROCHE COLOMBE, ce petit monde clos, d'où s'échappent le LAUZUN vers Aouste-Sur-Sye et la Vêbre vers Saoû, est ceinturé par de hautes falaises calcaires où l'homme moderne s'adonne aux plaisirs verticaux.